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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 13:27

En usant parfois de désinformation, un lobbying réactionnaire a eu raison d'un texte rappelant la nécessité des droits sexuels et reproductifs des femmes.

« La droite et l'extrême-droite » se sont alliées contre les droits des femmes, dénonce la gauche européenne après le renvoi en commission d'un texte sur la santé et les droits sexuels et génésiques.

Oeuvre de l'eurodéputée portugaise socialiste Edite Estrela (photo), ce texte est un projet de résolution qui n'a pas force législative. Mais sa discussion a été houleuse, lundi 21 et mardi 22 octobre, dans l'enceinte du Parlement de Strasbourg. Et une majorité s'est dégagée à droite pour ne pas adopter le texte, en le renvoyant pour réexamen à la commission des droits des femmes et de l'égalité des genres.

Cette obstruction n'a pas de sens, souligne Edite Estrela, dénonçant un « manque de respect » pour les travaux de la commission, qui s'est déjà prononcée à une large majorité en faveur de son rapport.

Le fantasme de l'éducation à la masturbation

L'eurodéputée dénonce « une grande mobilisation des forces les plus conservatrices », et porte son regard sur la France en particulier. Edite Estrela souligne que les parlementaires ont reçu de nombreux courriers électroniques déformant la réalité de son rapport.

Le plus gros mensonge, à cet égard, est venu de la « Fédération des Associations Familiales Catholiques en Europe ». Ce mouvement a communiqué sur le fait que « le texte promeut une éducation sexuelle comprenant, entre autres, la masturbation dite "de petite enfance", dès 0-4 ans. » Un pur fantasme1.

Le rapport d'Edite Estrela invite les Etats membres « à garantir une éducation obligatoire et dispensée dans un cadre commun aux garçons et aux filles, en matière de sexualité et de relations affectives pour tous les enfants et adolescents (à l'école et en dehors de l'école), en prenant en considération leur âge et leur sexe », et souligne « que l'éducation sexuelle doit inclure la lutte contre les stéréotypes, les préjugés, toutes les formes de violence fondée sur le genre et de violence envers les femmes et les filles ».

Avortement et PMA, autres points de friction

La référence à l'avortement est évidemment un autre point du rapport qui choque les franges conservatrices européennes. Edite Estrela se garde de promouvoir l'IVG, la législation sur cette question relevant de la compétence des états membres, et non des institutions européennes. Le débat reste d'ailleurs vif dans de nombreux pays de l'Union. Mais elle recommande une approche pragmatique, au service de la santé des femmes.

Elle recommande notamment que « des services d'avortement de qualité soient rendus légaux, sûrs et accessibles à toutes dans le cadre des systèmes de santé publics des États membres, y compris aux femmes non résidentes, qui vont souvent chercher ces services dans d'autres pays en raison des lois restrictives en matière d'avortement en vigueur dans leur pays d'origine, en vue d'éviter les avortements clandestins qui mettent sérieusement en danger la santé physique et mentale de la femme »

Troisième point de friction, qui rejoint le débat français : la PMA, procréation médicalement assistée. En France, sous la pression de la 'Manif pour tous', le gouvernement a repoussé à une date indéterminée l'examen de l'ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes.

Le rapport d'Edite Estrela, sur ce point, se montre clair : il « invite les États membres à permettre également aux femmes célibataires et lesbiennes de bénéficier de traitements de fertilité et de services de procréation médicalement assistée ».

« Risques de régression »

L'obstruction de la droite au Parlement européen vise à enterrer ce texte, en misant sur le fait qu'il ne reviendra pas à l'ordre du jour avant le renouvellement du Parlement au printemps prochain. Pour l'eurodéputée socialiste français Sylvie Guillaume, « cet épisode montre bien les risques de régression sur les droits sexuels et la santé génésique en Europe ». La présidente du groupe des femmes socialistes au Parlement europée, Zita Gurmaï, en profite pour politiser le débat : « En mai 2014 [date des élections européennes], les citoyen-ne-s européen-ne-s auront l'occasion de dire quelle est leur conception des droits des femmes ».

Comme un accent d'élections aux Etats-Unis, où la « guerre contre les femmes » menée par les Républicains est régulièrement un argument de campagne des Démocrates... lesquels bénéficient d'un vote majoritairement féminin

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Danièle Soubeyrand-Géry - dans Femmes
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