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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 09:44

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10/11/2013 | Jean-Paul Vallin | Afrique

LE CERCLE. La libération des otages d’Areva et Vinci : Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc Féret, survenue il y a quelques jours, vient de faire sortir le Niger de l’anonymat des pays soi-disant condamnés à subir éternellement le joug d’AQMI. Il faut bien reconnaître que l’état des lieux est trompeur.

Notons tout d’abord que les coups d’État par des juntes militaires ou autres ont fortement nui à l’instauration d’une vraie démocratie au Niger, et assombri une image extérieure déjà dégradée par le clivage nord-sud interne au pays, apparemment ingérable. À ce déséquilibre par construction vient s’ajouter une paupérisation inexorable, due au télescopage d’une surpopulation, du manque de ressources industrielles et énergétiques, de la désertification et des catastrophes naturelles qui ont frappé le territoire ces dernières années.

Selon le PNUD, les troubles sociaux, le terrorisme, la criminalité et les anomalies climatiques constituent les entraves majeures au développement du pays. Pour le MUJAO et l’AZAWAD, jusqu’au déclenchement des hostilités de la France au Mali, le Niger ne constituait tout au plus qu’une alternative de repli comme d’autre pays circum-jacents. Pour AQMI, traditionnellement plus agressive en revanche, la présence de travailleurs français en nombre à Arlit et à Imouraren incitait à la prise d’otages. Mais les opérations menées dans le nord du Mali contre les groupes dissidents ont sensiblement perturbé l’importance des pays "fréquentés" par AQMI, et notamment celui étudié.

Le repli d’une partie de la diaspora des dissidences s’est effectué vers le sud de la Libye, où les dirigeants rebelles ont été accueillis et protégés par des ethnies anciennement alliées de Khadafi, aujourd’hui opposées aux dirigeants qu’a fait émerger le Printemps arabe. Ce faisant, le Niger devenait incontournable dans l’axe sud-Libye Adrar des Iforas, que l’on sait régulièrement emprunté par la rébellion. Et le zoom permet de constater qu’après le massif de l’Aïr, la route la plus courte pour relier le Mali passe entre les deux centres miniers d’Areva, Arlit et Imouraren.

La menace pour le minier est donc montée d’un cran depuis le déclenchement des hostilités anti-AQMI au Mali. Rappelons ici que l’exploitation du minerai d’uranium représente près d’un sixième du PIB du pays. Rappelons aussi que la Chine, qui exploite discrètement un modeste gisement d’uranium entre Agadez et Imouraren, aspire à se voir confier l’exploitation des grands centres miniers.

Tout portait donc à penser que la conduite du gouvernement était dictée par ces contraintes factuelles, et qu’en dehors de la politique dite "de la chèvre et du chou", qui consistait bien entendu à protéger Areva tout en laissant AQMI libre de ses mouvements sur le territoire, il n’existait point de salut. Erreur semble-t-il ! Après les premiers enlèvements, la protection des sites a été renforcée et les forces déployées ont été équipées de moyens enfin adaptés à la menace.

Erreur, surtout concernant le rôle discret, mais particulièrement éminent joué par le premier ministre nigérien, M. Brigi Rafini, dans la libération des otages. Ce dirigeant touareg, énarque, très impliqué dans la vie politique du pays, et habile médiateur révélé par la junte du général Ibrahim Baré Maïnassara semble avoir pris la France de vitesse en faisant jouer ses réseaux et en obtenant la libération des otages. Il aura piégé avec brio politiques et médias.

La situation des expatriés français travaillant à Niamey ou sur les sites miniers reste malgré ce geste profondément problématique malgré tous les efforts faits par Areva, par les Affaires étrangères, comme par les autorités nigériennes. Le désert est très difficilement contrôlable autour des sites, l’omerta joue en faveur des rebelles, et les forces nationales nigériennes, si elles connaissent le terrain, ne peuvent prétendre en avoir constamment la maîtrise. Se rapprocher des rares hommes-clés capables de maintenir un dialogue permanent avec les divers partis pourrait être une solution, si le prix demandé en échange n’est toutefois pas trop élevé.

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Danièle Soubeyrand-Géry - dans informations
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