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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 20:21

Des escarpins sur des tapis de prière : une installation artistique qui n'a jamais choqué depuis 7 ans a provoqué un pataquès à Clichy-la-Garenne. Au point que l'ensemble de l'exposition Femina, autour de 18 femmes artistes, tombe à l'eau.

C'est la triste conclusion de plusieurs jours de confusion. L'exposition Femina ou la réappropriation des modèles, à Clichy-la-Garenne (92), a définitivement fermé ses portes lundi 2 février ; au bout d'une petite dizaine de jours, alors qu'elle devait durer 3 mois. Le climat tendu consécutif aux attentats du début d'année a provoqué trop de confusion autour d'une œuvre de l'artiste franco-algérienne Zoulikha Bouabdellah : Silence. Cette installation est composée de tapis de prière percés en leur centre où se trouvent des escarpins.

Voir ici ce qu'elle dit de cet « hommage aux femmes qui s’affirment pour exister »

Dans un premier temps, le 24 janvier, à l'heure du vernissage de l'exposition, qui regroupe des créations de 18 femmes artistes, ses commissaires annonçaient le retrait de Silence, remplacée par une autre œuvre de Zoulikha Bouabdellah. La raison invoquée ? L'alerte lancée par une association musulmane locale, qui avait fait part à la mairie de possibles incidents liés à la présence de cette installation. Un message commun de l'artiste et de la commissaire générale Christine Ollier indiquait leur souhait « d’éviter toute polémique et récupération au sujet de la présentation de cette installation qui ne représente aucun caractère blasphématoire ».

Tensions tous azimuts

Deux jours plus tard, la plasticienne Orlan, dont une œuvre figure dans l'exposition, dénonçait une « censure » et demandait en solidarité que son œuvre soit également décrochée, à moins que Silence soit réintégrée. D'autres artistes exposés s'associaient le lendemain à cette démarche. Le 29 janvier, les commissaires de l'exposition annonçaient que Silence retrouverait sa place.

Mais aussitôt après, nouveau rebondissement : Zoulikha Bouabdellah annonçait sa décision de retirer son œuvre de l'exposition « de manière définitive », et ce « devant l'absence de réponse claire de la municipalité quant aux modalités de réintégration ».

Entre-temps, l'affaire avait envenimé les relations municipales, entre le maire PS de Clichy, qui déclarait ne pas vouloir s'impliquer dans les questions de programmation culturelle, et son adjoint à la Culture (PCF) Nicolas Monquaut. Le 2 janvier, ce dernier se disait « en colère » face au manque d'implication de l'équipe municipale.

Silence "a voyagé dans le monde entier, sans jamais avoir causé la moindre controverse"

Dans ce climat délétère, Zoulikha Bouabdellah tient quant à elle à éviter toute mauvaise interprétation – notamment celle que faisait Orlan : l'association musulmane n'est pas l'auteure des menaces, elle a « semble-t-il fait son travail en alertant la mairie ».

Il s'agissait aussi pour elle de mettre un terme à la polémique, et elle demandait aux autres artistes de respecter son choix et de « bien vouloir raccrocher leurs oeuvres ». Elle n'a pas été entendue sur ce dernier point, ce qui a conduit à la clôture de l'exposition.

« Je n'ai pas conçu Silence pour choquer ou provoquer mais en vue d'établir un dialogue avec tous les publics », souligne encore Zoulikha Bouabdellah, en rappelant que son installation existe depuis 7 ans et « a voyagé dans le monde entier, sans jamais avoir causé la moindre controverse ». Dans un texte publié sur Mediapart, l'artiste pose finalement cette question : « La France serait-elle donc devenue un pays où la vue d’un tapis et d’une paire d’escarpins pose problème ? Ou bien est-elle aujourd’hui un pays où l’on est obsédé par l’idée que cette image pourrait poser problème ? »

Photo © Zoulikha Bouabdellah Silence (détail). Tapis de prière et stilettos. Installation. 2008-201

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Danièle Soubeyrand-Géry - dans informations
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