Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 09:15

Nous nous retrouvons, comme chaque année, dans le cadre du festival pour ce moment, important, de convivialité et d’échange. Pour beaucoup d’entre vous, c’est l’occasion de vous retrouver entre professionnels, avec de nombreux élus qui sont présents ici.

Je salue Farida Boudaoud Vice-présidente Culture de la Région Rhône-Alpes, Philippe Meirieu, Vice-président à la formation tout au long de la vie et Nicole Rouaire, Vice-présidente de la Région Auvergne en charge de la Culture et du Patrimoine ains que tous les élus qui sont présents aujourd’hui.

La culture est au cœur de la définition de la République, au centre des questions de laïcité, de citoyenneté, de fraternité.

Ce déjeuner est un temps fort pour la vie culturelle de notre région. C’est aussi un temps de partage, autour de projets, de réflexions, sur la place du spectacle vivant, de la culture, dans notre société. Beaucoup d’entre vous, depuis que je suis à Avignon, m’ont dit souhaiter fortement qu’il y ait une parole publique sur la culture. Vous avez le sentiment et je le partage aussi, que la culture est beaucoup trop absente, trop discrète dans les paroles publiques alors qu’elle est au cœur des grandes interrogations de notre société. La culture est au cœur de la définition de la République, au centre des questions de laïcité, de citoyenneté, de fraternité.

Dans une phase où il y a beaucoup de désarroi, la culture doit être plus que jamais présente, dans les territoires, auprès des habitants, auprès de la population. Avec Farida Boudaoud et toute l’équipe du service culturel nous avons voulu cette rencontre. Nous nous retrouvons depuis bientôt dix ans dans ce cadre (…)

Nous sommes une Région très impliquée sur le spectacle vivant, cela tient à notre histoire, à votre présence très forte sur le terrain.

Je voudrais rendre hommage aux services culturels de notre Région, ils sont des artisans de l’ombre, alors que les politiques sont sur la scène, parfois les grands directeurs. Vous me le dites toutes et tous : la qualité de notre service, la bienveillance, l’écoute, l’attention sont particulièrement appréciés. On m’a rapporté qu’un candidat avait dit qu’il fallait « épurer l’administration », l’expression est féroce. Le service culturel de Rhône-Alpes n’a pas à être « épuré », au contraire il doit être renforcé. D’autant plus que le secteur de la culture représente 75M€, soit 3,5% du budget de la Région, investissements et fonctionnements compris. Dans ce budget, c’est une des particularités de notre région, 60% est consacré au spectacle vivant. Nous sommes à ce titre une région très impliquée sur le spectacle vivant, cela tient à notre histoire, à votre présence très forte sur le terrain.

Nous avons aussi accueilli les étudiants d’écoles supérieures d’art dramatique de la région, dont les 5 étudiants de la classe préparatoire de l’école de la Comédie de Saint-Etienne, classe qui a été créée l’an passé pour faciliter l’accès aux écoles supérieures d’art dramatique aux jeunes issus de la diversité. (…) Nous avons invité aussi 80 lycéens et apprentis qui sont présents dans le cadre de ce festival.

Nous avons recensé près de 80 compagnies de Rhône-Alpes qui sont présentes dans le festival d’Avignon, j’y ajouterai une douzaine de compagnies auvergnates. Et nous avons invité l’Auvergne ici, dans le cadre de notre future union Rhône-Alpes Auvergne, et je veux saluer, avec Nicole ROUAIRE, la présence d’Olivier BIANCHI, maire de Clermont-Ferrand, un homme qui joue un rôle important et qui représente les grandes villes de France au sein du CCTDC, conseil des collectivités territoriales pour le développement culturel. Nous serons ensemble demain à nouveau auprès de la ministre de la Culture pour ce CCTDC.

L’an passé, nous avions souhaité, je m’étais exprimée là dessus, que la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe), qui sera adoptée dans quelques jours, fasse une véritable place à la culture et ne renvoie pas la culture à un article 28 qui s’appelle « le domaine partagé ». Nous n’avons pas été entendus, c’est très dommage que ce rendez-vous n’ait pas été respecté. Nous avions aussi développé ici l’idée d’un pacte culturel avec tous les acteurs de la culture, l’Etat et les collectivités territoriales. Ce pacte pour la culture, nous le pensions au niveau national, il a été décliné sur le plan local et Clermont-Ferrand a été la première ville à signer un pacte pour la culture qui garantit le maintien des interventions de l’Etat. J’en profite pour saluer Bertrand Munin, le directeur régional adjoint des affaires culturelles Rhône-Alpes (…)

Sur le plan de la réforme territoriale, nous n’avons pas obtenu satisfaction. Mais la réforme est engagée. L’union avec l’Auvergne sera effective au 1er janvier 2016, nous l’avons préparée activement avec le président d’Auvergne René Souchon, de façon à organiser la convergence de nos politiques publiques, mais aussi d’engager de nouveaux projets. (…) En ce qui concerne le spectacle vivant, nous n’avons pas de difficulté à organiser la convergence de nos politiques, il y a en Auvergne, comme en Rhône-Alpes, des compagnies conventions (10 en Auvergne, 59 en RA, dont 15 nouvelles), il y a des scènes régionales (35 en RA, 7 en Auvergne), nous n’aurons aucun mal à faire converger nos politiques. D’ailleurs, bonne nouvelle, le groupe de 20 qui réunit des structures culturelles en Rhône-Alpes vient d’accueillir 6 structures auvergnates ce qui fait d’eux désormais le groupe des 30.

Je voudrais vous dire très simplement ce qui à mes yeux représente les fondements de notre politique régionale, en matière culturelle et plus particulièrement en matière de spectacle vivant. Je crois qu’elle repose sur 4 piliers. Le premier, c’est le soutien à la création artistique. Celle-ci, ne le cachons pas, est menacée (…) Que constatons-nous ? D’abord des attaques directes, qui sont des reculs culturels. Le prétexte est toujours un prétexte budgétaire, les baisses de dotations aux collectivités, mais je dois dire que ce sont des choix politiques. (…) Il faut l’affirmer avec force. Ce ne sont pas les budgets culturels qui doivent être automatiquement sanctionnés.

Nous avons besoin de la création, nous avons besoin de la parole des artistes, de leur engagement.

Nous avons, en ce qui nous concerne, à la Région Rhône-Alpes, fait le choix de maintenir le budget de la culture et même d’augmenter le budget des compagnies indépendantes. Quand on regarde la cartocrise, quand on voit comment malheureusement s’allument des points rouges sur le territoire, nous nous rendons compte que la défense de la culture est essentielle. Nous l’avons démontré : dans le cas de conflits, nous n’avons pas hésité à retirer le label de scène régionale quand le projet artistique et les engagements n’étaient pas respectés. Cela, dans un certain nombre de villes de droite, mais malheureusement aussi parfois de gauche. Nous l’avons fait pour défendre les équipes de création.

Il y a aussi des attaques sont plus insidieuses, pernicieuses, sournoises, contre la liberté de création. J’en retiendrais deux car elles constituent un véritable enjeu pour l’avenir. D’abord sur la programmation. On dit : il faut faire une plus grande place au divertissement. Alors qu’au fond, votre travail artistique c’est le risque, l’inconnu, l’utopie. On dit : programmez plus de choses légères, qui ne mettent pas en route la machine à penser. Cela, pour plaire au public, avec une mise en cause de l’élitisme. Je crois qu’il faut défendre, et nous le faisons à la Région, l’exigence d’une présence forte de la création, c’est indispensable. Nous avons besoin de la création, nous avons besoin de la parole des artistes, de leur engagement.

La création porte une dimension universelle, une dimension d’ouverture (…) on ne doit pas opposer le local à ce qui est universel.

Et puis il y a une autre attaque que nous avons vu surgir, qui est celle de l’appel aux productions locales. Dans ces temps difficiles, il faudrait réserver l’argent à ceux qui sont présents sur les territoires, voire couper les vivres à tel ou tel sous prétexte que c’est un artiste de renommée internationale. Moi, je crois qu’il faut dire que la création porte une dimension universelle, une dimension d’ouverture et qu’à ce titre on ne doit pas opposer le local à ce qui est universel.

En Région Rhône-Alpes, nous soutenons à des titres divers 220 compagnies dans le spectacle vivant. Leur nombre a doublé depuis 2004. Nous soutenons aussi plus de 120 festivals. Cela représente évidemment des structures implantées sur les territoires, garantes d’une présence artistique sur l’ensemble du territoire. Nous avons été déçus par la loi NOTRe, nous allons discuter demain avec la ministre de la loi sur la liberté de création, et le patrimoine et l’architecture. C’est un projet de loi qui paraît un peu fade, mais il y a un article premier qui est important, qui dit « la création artistique est libre ». C’est un élément fondamental. Si on regarde les grandes époques de la République : 1881, loi sur la liberté de la presse : « l’imprimerie et la librairie sont libres ». Ça a été une avancée fondamentale pour la liberté de la presse. La loi d’association en 1901 a été une avancée considérable. Il faut défendre un principe qui doit être maintenant inscrit dans la loi. Il ne faut pas que cet article premier soit édulcoré pour dire : la création artistique est libre, sous réserve de la morale, des bonnes mœurs, etc. On voit bien que certains veulent imposer des limites à la création artistique. Il y a le retour d’une forme d’ordre moral, d’ordre religieux aussi. Face à cela nous devons affirmer l’indépendance de la pensée, la nécessité de l’esprit critique dans notre société, et il ne doit pas y avoir de réserves.

La défense de ce principe est une bataille essentielle. Il faut saisir cette chance que constitue la présentation de ce projet de loi, pour avoir cette force d’affirmation.

Premier pilier de notre politique : le soutien à la création, en respectant l’indépendance des artistes. Deuxième élément : l’irrigation du territoire. C’est la force de Rhône-Alpes et d’Auvergne d’avoir des équipes partout sur le territoire, cela veut dire une centaine de lieux, parce que la culture est un vecteur de développement, un vecteur d’identité locale. Nous avons inscrit un certain nombre d’investissements culturels dans le contrat de plan. Cela constitue le volet culturel le plus important de toutes les régions dans les CPER (avec des projets qui concernent de grands équipements à Annemasse, Privas, Valence, Saint-Etienne, etc.). Nous avons aussi le souhait que la culture ait une plus grande place dans les futurs contrats de pays. Ces contrats étaient à l’origine des contrats d’équipement, car il fallait créer des équipements. Maintenant je crois qu’il faut mettre l’accent sur les territoires. En Ardèche, en Savoie, dans la Drôme, on nous dit que la présence d’équipe culturelle est fondamentale pour la vie même de nos territoires.

Le troisième point c’est l’accès du public, en particulier des jeunes dont nous avons la responsabilité, lycéens, apprentis, étudiants. Je vous donne ce chiffre : en 2014 la Région a soutenu plus de 900 projets de clubs culture, dans 400 lycéens et CFA. C’est un formidable engagement des enseignants, des équipes éducatives, pour emmener les jeunes à la rencontre de la culture. Nous avons également engagé des concertations sur Culture et Numérique, Culture et Université, et nous terminons actuellement une concertation sur Culture et Education Populaire.

Le quatrième volet c’est l’emploi et la formation. Le Conseil Educatif, Social et Environnemental a souligné que la culture en Rhône-Alpes représente 50 000 emplois. C’est donc fondamental pour la vie, pour l’économie de notre région. Nous avons été la première Région à signer un contrat d’objectif emploi formation. Et nous avons ouvert une concertation avec les organisations professionnelles et syndicales du spectacle vivant. Nous avons identifié trois mesures, parmi beaucoup d’autres, qui pourraient être mises en place. Il y a une résistance aux restrictions budgétaires, mais je pense aussi que l’économie de la culture, l’organisation des équipes artistiques est en train d’évoluer. Je retiens un programme de soutien à la mutualisation dans le domaine culturel, pour les emplois, les moyens, les outils et les lieux. Une meilleure relation avec la diffusion – beaucoup me disent la grande difficulté à organiser la diffusion. Enfin nous avons mis en évidence le besoin, et ce sera la tâche du prochain exécutif régional, de mettre en place une instance de concertation permanente sur le spectacle vivant à l’échelle régionale.

Contre la défaite de la pensée, affirmons notre volonté d’avoir, toujours, le maintien d’une pensée vivante, d’une pensée critique, qui mette en valeur la belle devise de la République : la liberté, l’égalité et la fraternité.

Je voudrais conclure en vous disant que la culture est pour moi au cœur de l’action publique, elle est au cœur du projet régional. Elle est un espace de liberté, c’est aussi un appel à l’intelligence humaine, et cela contre l’uniformisation, contre les risques que représentent les dogmatismes et la barbarie. La culture permet d’être ensemble pour éprouver des émotions, pour éprouver des plaisirs, pour réfléchir dans un monde parfois inquiétant mais qui comporte bien des aspects exaltants. Le monde ne peut pas être réduit à ses dimensions économiques et financières. Contre la défaite de la pensée, affirmons notre volonté d’avoir, toujours, le maintien d’une pensée vivante, d’une pensée critique, qui mette en valeur – nous sommes le 15 juillet, lendemain du 14 juillet – la belle devise de la République : la liberté, l’égalité et la fraternité. Il y a encore beaucoup de chemin à faire pour les établir, la République n’est jamais totalement garantie. De ce point de vue-là, je pense que notre intervention dans le domaine culturel est évidemment essentielle, avec votre concours. Merci à toutes et à tous.

Partager cet article

Repost 0
Danièle Soubeyrand-Géry - dans informations
commenter cet article

commentaires