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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 11:05

jeudi 3 décembre 2015 12:33 par Isabelle Germain

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En parlant clitoris et maîtrise de la sexualité des femmes au micro de Lea Salamé sur France Inter ce jeudi matin, la maire de Madrid, Manuela Carmena, fait avancer une idée : les femmes passent d’objet de désir à sujet désirant.

Ça n’a l’air de rien, mais c’est une petite révolution dans les médias. Ce jeudi matin, sur France Inter, dans la « matinale » la plus écoutée des radios françaises, peu avant 8 heures, la journaliste sacrée meilleure intervieweuse de France, Léa Salamé, et Manuela Carmena, la maire de la capitale de l’Espagne, ont terminé leur entretien par des considérations sur le clitoris.

L’émission « L’invité de 7h50 » avait pourtant commencé de façon très classique avec des questions sur le réchauffement climatique, motif de la visite de la maire de Madrid à Paris, sur Podemos, sur la Catalogne ou la montée du Front National en France. Puis vint une première question inhabituelle chez les responsables politiques : Manuela Carmena affirme que « le pouvoir ne rend pas heureux.» Et, sans transition, clito : « Vous avez une vraie liberté de parole. Vous avez déclaré que le clitoris était ‘une grande invention’. » Liberté de parole à laquelle la journaliste a décidé de donner de l’écho ce matin. Réponse : « J’ai trouvé très surprenant de voir des études qui disaient que les femmes feignaient l’orgasme. Il faut savoir que la sexualité est une source de bonheur pour les hommes et pour les femmes, je crains qu’il y ait des jeunes femmes qui n’arrivent pas à maîtriser leur sexualité. » Fin de l’interview.

D’objet de désir à sujet désirant

Révolution. D’abord parce qu’on entend peu de femmes dans les matinales radios, donc en entendre une de chaque côté du micro est un premier motif de réjouissance. Entendre deux femmes parler de sexualité des femmes à une heure de grande écoute face à une audience mixte et non confinée au ghetto de presse féminine est un second motif de réjouissance. Habituellement, sur ces tranches horaires grand public, ce sont des hommes aux manettes, la sexualité est évoquée entre hommes avec parfois des sous-entendus sur les performances de tel coq de la politique ou sur les attributs de telle femme. Il suffit de se souvenir des débuts de l’affaire DSK. Habituellement, dans les médias, comme dans l’art ou dans la culture en général, l’homme est présenté comme sujet désirant qui s’exprime à loisir sur ce qu’il attend ou aime chez la femme, objet de son désir. Et les femmes se retrouvent dans le huis clos de la presse féminine pour échanger entre copines des conseils pour mieux correspondre à cet objet de désir.

Et ce matin, sur France Inter, patatras ! La maire de la capitale de l’Espagne s’émeut de voir des femmes qui feignent l’orgasme et n’arrivent pas à maîtriser leur sexualité. En quelques secondes, les femmes sont passées d’objet de désir à sujet désirant. Et si les médias décident de donner davantage la parole aux femmes, il y a des chances pour que cette idée fasse son chemin. Une idée connexe à beaucoup d’autres, comme la culture du viol, l’égalité dans le couple et dans la société en général…

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Danièle Soubeyrand-Géry