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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 09:27

Newsletter du 17 décembre 2015

La légèreté des mots, le poids de l’opinion

C’est toujours celui qui tient la plume, celui (rarement celle) qui choisit les mots, qui a le pouvoir. Pouvoir de masquer des agressions sexuelles derrière les mots employés. Ainsi, une atteinte sexuelle sur une mineure de 13 ans devient, dans Ouest-France notamment, une simple « relation ». Le journal reprend avec un brin de romantisme les mots de l’homme condamné par la justice : « l’amour n’a pas d’âge ». Comment dans ce cas faire comprendre aux lecteurs qu’il s’agit d’un délit grave ?

Dans un autre quotidien régional, La Provence, un médecin est condamné pour agression sexuelle. Mais c’est plus sur son sort que sur celui de sa victime que s’apitoie le journaliste. Lequel est aussi enseignant à l’école de journalisme d’Aix-Marseille. De quoi perpétuer cette habitude de présenter les agressions sexuelles comme de sympathiques manifestations d’affection au lieu d’alerter l’opinion… Et si l’opinion est du côté de l’agresseur, peu de chance de mettre en place des politiques pour lutter contre le fléau des agressions sexuelles. Même si les condamnations pour violences conjugales ont fortement augmenté ces dernières années, conséquence des campagnes de sensibilisation, l'immunité amoureuse tient bon..

Quand il a été question d’inscrire une sensibilisation à ces sujets dans les écoles de journalisme au moment de la loi sur l’égalité réelle du 4 août 2014, les parlementaires ont cédé à la pression des directeurs de ces écoles, vent debout contre ce qu’ils estimaient être une atteinte à leur liberté d’enseigner. Certains étant même persuadés que la question est réglée.

Comme beaucoup d’hommes. Une nouvelle étude montre que les hommes ne prennent pas vraiment la mesure des inégalités professionnelles. Ils sont une majorité à juger que le sujet est en progrès… Dormez braves gens, si l’inégalité professionnelle n’existe plus aux yeux de ceux qui décident, pas besoin de mettre en place des moyens de lutter contre….

Autre glissement sémantique lourd de conséquences : en reprenant le vocable « plafond de verre » pour qualifier la non-élection de représentants du Front National à la présidence de régions, la plupart des journaux sont allés dans le sens de la victimisation voulue par le FN. De quoi réjouir ce parti très ambitieux pour 2017. L’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs. Nathalie Kosciusko-Morizet ne dit pas autre chose quand elle répond à la question : « Pourquoi ce sont toujours les femmes qui se font virer ? »

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Danièle Soubeyrand-Géry - dans informations