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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 18:56

vendredi 15 janvier 2016 12:55 par Marina Fabre

Giusi Nicolini, maire de l’île de Lampedusa, tristement connue pour ses plages-cimetières de migrants, a reçu le prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes. « La reconnaissance d’un combat ».

Si elle n’était pas Giusi Nicolini, le mot « récupération politique », « sentimentalisme » aurait envahi les paroles des expert.e.s. Mais non, parce que Giusi Nicolini, adjointe au maire à 23 ans, écologiste convaincue, élue maire en 2012, dénonce au quotidien la politique européenne migratoire. « Accueil », « dignité », répète-t-elle sans cesse face à une Union européenne austère, face à l’indifférence, face à l’arrêt de l’opération Mare Nostrum.

« Jusqu’où faudra-t-il agrandir le cimetière de mon île ? »

Quelques sursauts populaires, pourtant. La visite du Pape qui rompt le silence en 2013, et cette lettre ouverte à l’Union européenne : « Jusqu’où faudra-t-il agrandir le cimetière de mon île ? ». Et surtout, une photo, celle sur une plage turque du corps d’Aylan Kurdi, 3 ans, mort noyé le 2 septembre 2015 en cherchant à rejoindre la Grèce. Un choc pour le monde. « Aylan a ému tout le monde parce que cet enfant de 3 ans, blanc, ressemblait trop à nos enfants. Ce qui devrait nous émouvoir, ce qui devrait déclencher un sens des responsabilités, ce sont les enfants vivants qui demandent notre aide », plaidait la maire, dans une interview de Thomas Sotto pour Europe 1, le 15 janvier.

Cette lucidité, cette ténacité dans son combat, lui aura donc valu le Prix Simone de Beauvoir « pour la liberté des femmes » 2016, qui lui a été remis le 14 janvier. Un Prix qui la salue ainsi :

« Militante responsable et infatigable, elle a été la première voix audible à s’engager pour le droit des réfugiés en s’adressant aux citoyens de son île, au gouvernement italien et à l’Union européenne. Travaillant en étroite collaboration avec les garde-côtes italiens qui sauvent les naufragés en mer, Giusi Nicolini a établi sur l’île un centre d’accueil modèle. »

Giusi Nicolini a notamment été une des premières à créer des lieux d’accueil séparés pour les femmes et les hommes. « Ce prix doit servir à faire entendre encore la voix de Lampedusa et à faire avancer nos combats, mais aussi, concrètement, à créer quelque chose qui serve à ces femmes, pour guérir la blessure qu’elles subissent en étant systématiquement violées pendant leur voyage », a-t-elle expliqué à RFI.

Neuvième lauréate du prix Simone de Beauvoir, Giusi Nicolini succède au National Museum of Women in the Arts de Washington, à Taslima Nasreen, à l’historienne Michelle Perrot, ou encore Malala Yousafzai en 2013, Prix Nobel de la paix 2014. « La politique européenne est hypocrite, elle est bien plus attentive à protéger les frontières qu’à construire un projet commun solidaire et humain », a-t-elle dénoncé en recevant le Prix.

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Danièle Soubeyrand-Géry - dans Femmes