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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 08:52

lundi 11 avril 2016 14:45 par Lucie Rondou

Liberté, égalité, course à pied. Free to Run raconte l’histoire des femmes qui se sont battues pour avoir le droit de courir. Et d’autres combats aussi importants. Rencontre avec Pierre Morath, le réalisateur de ce documentaire chargé en émotions.

Installé dans le fauteuil cosy d’un hôtel parisien, décontracté, Pierre Morath explique calmement comment le football aux Etats-Unis, le « soccer », a été porté par les femmes après avoir été boudé par les hommes. Sans transition, il dénonce l’hypocrysie des campagnes des grands industriels du sucre. Pierre Morath a son mot sur tout et ne se refuse rien.

Dans son dernier film il a choisi de tout traiter : Free to Run, le 13 avril sur les écrans français, retrace plusieurs histoires de la course à pied. Celle du marathon de New York qui, d’une promenade du dimanche portée par quelques intitiés, est devenu la course longue durée la plus populaire, sous l’impulsion de Fred Lebow. Celle de Steeve Préfontaine, recordman toutes catégories aux Etats-Unis qui, tout au long de sa courte vie, s’est engagé pour l’obtention d’une rémunération décente pour les athlètes. Et enfin, celle des femmes qui se sont battues pour courir, à l’image de Kathrine Switzer.

Un travail de titan : 7 ans de travail, des coups durs, 500 000 euros à débourser uniquement pour des archives. « La scène de Joan Benoit qui passe la ligne d’arrivée ? Elle se négocie autour de 25 000 dollars la minute », raconte le réalisateur. Pour compiler ces archives : plus de 6 000 heures de visionnage. « Je crois en la compétition, je sais que c’est elle qui m’a permis d’aller au bout de ce film ». Au détour d’une anecdote de plus, le réalisateur confie « être un peu revenu de tout ». De la part de ce compétiteur de haut niveau, historien, cinéaste autodidacte et documentariste, cette déclaration n’a rien d’étonnant. Un peu plus lorsqu’on sait qu’il n’a pas encore passé la barre des 50 ans.

Le droit de courir pour les femmes : « l’équivalent physique du vote »

Dans Free to Run, maintes fois qualifié de « dense » par des confrères, les scènes émouvantes se succèdent, rythmées par une bande originale « épique ». Pour Pierre Morath, son documentaire ne porte pas sur le sport : « On parle de sport, mais seulement parce que c’est un miroir très intéressant qui reflète les bouleversements historiques, sociologiques et démographiques de nos sociétés. Le film est plus une saga sportive. »

Jusqu’aux années 1980, les femmes sont interdites dans les compétitions sur des distances de plus de 1 500 m. « Trop de masse graisseuse », « Trop émotives », « Ce n’est pas gracieux, une femme sur un stade », « Leur utérus pourrait se décrocher », etc. Le combat des femmes pour avoir le droit de courir a touché le réalisateur qui croit au pouvoir révolutionnaire de la course.

FreeToRun – Extrait 02 from jour2fete on Vimeo.

Boston 1967. La pratique de la course à pied est interdite aux femmes. Kathrine Switzer, entraînée par son coach, décide de s’inscrire au marathon de Boston sans préciser son sexe. Au troisième kilomètre, le camion de presse la dépasse. A l’intérieur Jock Simple, l’organisateur, manque de s’étouffer : « Arrêtez le camion ». Kathrine Switzer entend les semelles de chaussures de ville se rapprocher d’elle et sent une main l’aggriper. « Tire-toi de ma course et rends-moi ce dossard » lui lance, fou de rage, Jock Simple. Elle se dégage de son emprise et finit la course, devenant ainsi la première femme à boucler un marathon.

« Les journalistes m’ont suivie toute la course et me posaient des questions agressives : ‘Que cherchez vous à prouver ? Etes vous une suffragette ?’ Non, je veux juste courir ! » Quelques jours plus tard, un courrier de la fédération américaine d’athlétisme lui annonce sa disqualification et sa radiation, à vie, de la fédération. Devant la caméra, la marathonienne témoigne avec émotion : « Ce jour là quand j’ai franchi la ligne d’arrivée, j’ai su que ce serait le combat de ma vie ».

Courir, « c’était notre Woodstock »

La fin des années 60 et le début des années 70 marquent dans nos sociétés une fracture dans l’expression et la perception des corps. Un intervenant dans le documentaire explique : « Certains écoutaient de la musique, nous, nous courions, c’était notre Woodstock ». En effet les années « hippies » signent aussi la sortie du stade vers la nature pour les coureurs. Une révolution. Le film retrace comment la course de fond s’est peu à peu popularisée en tant qu’outil d’émancipation, collective puis individuelle.

Mais le film met en garde. Marathon de New York, 2012, l’ouragan Sandy a dévasté les quartiers populaires et le maire de New York décide de maintenir le marathon en dépit des protestations et des moyens qui pourraient être mobilisés pour venir en aide aux populations concernées. « Il y a vraiment eu une prise de conscience ce jour-là, on était allé trop loin » affirme le réalisateur. Le marathon a finalement été annulé la veille au soir mais « les gens couraient dans les rues, aveugles de la fracture qui venait de se créer ». Les organisateurs avaient perdu de vue l’esprit de la course comme objet d’émancipation.

Free To Run se veut donc aussi un avertissement : « Ce n’est pas parce que tous les droits des luttes ont été acquis que l’on doit s’arrêter de penser ». Est-ce à comprendre qu’il faut privilégier une course « nature », dans l’esprit de Spiridon – magazine sportif mythique sur le plaisir de courir – et « lever les yeux de sa montre pour regarder les étoiles » comme le conseille Noël Tamini, son créateur ? Faut-il au contraire l’entendre comme un outil de lutte collective à l’image du combat de Kathrine Switzer ? Non, le réalisateur se garde d’injonctions. « En 1h30, je pense montrer que la course recouvre de nombreux combats. Il faut que chacun s’interroge sur les valeurs qu’il met dans ce geste ».

Free to Run de Pierre Morath
Sortie en salles le 13 avril
Distribué par Jour2Fête

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