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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 22:14

Avortements clandestins à risque, infanticides : « La prohibition de l’avortement au Sénégal entraîne de graves violations des droits des femmes », dénoncent des organisations.

« En février 2014, dans la ville de Ziguinchor, située en Casamance, à l’extrême Sud-Ouest du Sénégal, une petite fille de 11 ans a mis au monde des jumeaux. Elle était tombée enceinte à la suite d’un viol alors qu’elle n’avait que 10 ans. La législation sénégalaise l’empêchant d’avorter, elle a dû mener sa grossesse à terme. Au Sénégal, l’interruption volontaire de grossesse est interdite par la loi. »

C’est ainsi que s’ouvre le rapport intitulé « Je ne veux pas de cet enfant, moi je veux aller à l’école », publié par la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et trois organisations sénégalaises – Rencontre africaine des droits de l’homme (RADDHO), Organisation nationale des droits de l’homme (ONDH) et Ligue sénégalaise des droits humains (LSDH).

« La prohibition de l’avortement au Sénégal entraîne de graves violations des droits des femmes », dénoncent ces organisations. Le Sénégal possède l’une des législations les plus strictes au monde en matière d’IVG. Elle n’est possible qu’en cas de grave danger pour la vie de la mère, mais même dans ce cas la procédure est longue, coûteuse, et n’est donc jamais utilisée. Les avortements clandestins sont punis par le Code pénal et des femmes qui y ont recours encourent jusqu’à deux ans de prison. Le personnel médical qui pratique l’avortement risque également des peines de prison.

Conséquences « désastreuses »

Alors que l’accès à la contraception, bien qu’en progrès, est encore très limité dans le pays, l’interdiction de l’IVG pousse les femmes à avorter clandestinement. Environ 8 à 13% des décès maternels au Sénégal sont causés par ces interventions à risque. Autre terrible conséquence : la perpétration d’infanticides, dont le nombre est « alarmant ». Ces deux infractions constituent 38% des causes de détention des femmes.

Le cas de la fille de 11 ans enceinte après avoir été violée, cité en exergue du rapport, n’est pas isolé. « Le viol est une violence contre les femmes très répandue au Sénégal ». Le CEGID (Centre de Guidance Infantile Familiale) a dénombré en deux ans 420 cas d’abus sexuels sur des mineures âgées de 7 à 14 ans. Presque 30% de ces mineures sont tombées enceintes et 10 à 15% d’entre elles ont dû subir une césarienne à cause de leur jeune âge.

« La grossesse et l’accouchement font peser des risques majeurs sur la vie et la santé des filles qui n’ont pas terminé leur croissance. La césarienne est loin d’éliminer tous les risques. Les grossesses non désirées entraînent des conséquences, en particulier psychologiques, désastreuses pour l’ensemble des femmes et des filles », souligne Selma Hajri, médecin, membre de la délégation de la FIDH.

Un projet de réforme attend

Avec sa loi sur l’avortement, le Sénégal ne respecte pas le Protocole de Maputo, dénoncent les organisations. Ce texte, ratifié par Dakar en 2005, impose aux Etats de garantir le droit à l’avortement médicalisé en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste, de danger pour la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus

En 2013, le gouvernement a mis en place un comité chargé de préparer un projet de loi sur l’avortement médicalisé. Un texte a été élaboré, ouvrant la possibilité d’avorter dans les cas énumérés dans le protocole de Maputo. Mais il n’a pas encore connu de suite politique, en raison notamment de l’opposition des autorités religieuses. Le projet de loi doit être présenté à l’Assemblée nationale dans les plus brefs délais, insistent les organisations.

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Danièle Soubeyrand-Géry - dans informations