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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 10:55

Édito du jeudi 12 mai 2016

Quand le pouvoir libère la parole

Dans « l’affaire Baupin », ce sont des élues qui ont pu briser la loi du silence. Tant que les hommes étaient seuls au pouvoir, c’était quasiment impossible. Avec la parité tout peut changer.

Brouhaha désapprobateur mardi 10 mai à l’Assemblée nationale lorsque la députée Catherine Coutelle, présidente de la Délégation aux Droits des femmes, a évoqué le harcèlement sexuel. Sujet indigne de l’hémicycle ? Tant que le Parlement était un entre-soi masculin, sans doute. Histoires de bonnes femmes, sujets sans importance, plaisanterie, troussage de domestiques... Il suffisait de requalifier des faits de harcèlement en histoires sans importance et menacer de procès en diffamation celles qui oseraient parler. Procès gagnés d’avance. Parole contre parole. Parole d’un puissant contre parole d’une « bonne femme ». L’omerta régnait.

Les tenanciers du quatrième pouvoir participent à l’euphémisation du harcèlement

Avec, le cas échéant, la complicité d’autres hommes de pouvoir, des rédacteurs en chef et directeurs de journaux. Sur France Inter mercredi 10 mai, Charline Vanhoenacker racontait comment un portrait de DSK qu’elle avait écrit dans un journal belge au moment de l’affaire Pyroska Nagy avait été transformé. Son texte parlait d’une « lourde propension au harcèlement ». Et un rédacteur en chef a changé pour « coureur de jupons invétéré ». Un exemple parmi beaucoup d’autres, étouffés dans les coulisses des rédactions.

Notons au passage que des dirigeants de journaux peuvent être eux-mêmes harceleurs - il faudra bien que ça sorte un jour ! Amis avec les puissants, ces tenanciers du quatrième pouvoir participent activement à l'euphémisation généralisée du harcèlement. La lutte contre le harcèlement sexuel, c’était simple comme la rhétorique !

Seulement voilà, les lois sur la parité sont passées par là. Et maintenant, quelques femmes arrivent au pouvoir. Et le pouvoir, c’est la parole. La parole qui permet de donner une autre vision du monde et d’imposer d’autres règles du jeu. C’est bien parce que les victimes du harcèlement de Denis Baupin sont des élues et parce qu’elles se sont rassemblées qu’elles ont pu briser l’omerta.

Alors il faut continuer à imposer des femmes dans tous les lieux de pouvoir politique, économique, médiatique

Alors il faut que la deuxième moitié de l’humanité continue à prendre la moitié des postes partout, à tous les échelons du pouvoir, pour imposer une autre vision du monde. Ce changement de perspective est indispensable pour la lutte contre le harcèlement sexuel mais aussi pour bien d’autres sujets. Combien d’enquêtes sur la perception des inégalités femmes/hommes en entreprise montrent que grosso modo 65% des femmes pensent qu’il y a un problème tandis que 65% des hommes estiment qu’il n’y en a pas. Et comme ce sont eux qui décident… Pas de problème, pas de mesures à prendre (Voir : Direction d’entreprise : les femmes disent oui, ils entendent non).

Et la prise de pouvoir et de parole des femmes ne concerne pas seulement les droits des femmes. Si la deuxième moitié de l’humanité sort de l’ombre et prend la parole à la table du pouvoir, la hiérarchie des sujets politiques devrait changer. Chiche ?

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Danièle Soubeyrand-Géry