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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 20:55

Édito du jeudi 7 juillet 2016

Derrière les coups de menton virils sur fond de 49-3, la valeur travail reste virile elle aussi.

La "loi travail" a été définitivement adoptée mercredi 6 juillet après que le Premier ministre Manuel Valls a dégainé le 49-3 sans se voir opposer de motion de censure. Que retiendra-t-on de cette odyssée ? Les coups de menton virils, les démonstrations de force dans la rue, les menaces de motion de censure sans lendemain dans le camp de la majorité. Les mêmes menaces dans l’opposition… finalement remisées, en raison -selon François Bayrou, président du Modem- d’un match de football que les parlementaires auraient raté si les débats s’étaient prolongés.

Que de testostérone ! Et pour finir une loi qui ne changera pas grand-chose à la question de l’égalité professionnelle entre femmes et hommes. Même si la primauté a finalement été donnée dans ce domaine aux conventions de branche sur les accords d’entreprise, l’histoire montre que l’égalité professionnelle est toujours très mollement défendue dans les accords, qu’ils soient de branche ou d’entreprise.

Souvenons-nous de la question de la pénibilité ou même des accidents du travail. Dans les emplois majoritairement occupés par des femmes, la pénibilité est moins bien prise en compte (Voir : Pénibilité au travail, selon que vous serez homme ou femme… et La pénibilité invisible du travail féminin). De même, les efforts de prévention des accidents du travail sont élevés et payants dans des secteurs comme le bâtiment, qui emploie beaucoup d’hommes. Mais ils sont très faibles dans le secteur médico-social par exemple, dans lequel l’emploi est très féminisé (Voir : Accidents du travail : les femmes oubliées ?)

Réputé à tort moins pénible, moins accidentogène, le travail féminin est aussi considéré comme ayant moins de valeur, il est moins rémunérateur. Et le travail domestique et familial assumé majoritairement par les femmes est méprisé, ignoré. Notre organisme national de statistique ne le voit pas, ne le compte pas. S’il le comptait, cela pourrait représenter, au bas mot, 15 % du PIB, voire le tiers (Voir : Travail domestique, un tiers fantôme du PIB).

Nous avions abordé ces sujets lors de notre colloque "Le sexe de l’économie". Delphine Roy, de l’Insee, y expliquait que les activités de bricolage et jardinage, plutôt dévolues aux hommes, sont comptées dans le PIB mais pas le repassage, plutôt dévolu aux femmes… Encore faudrait-il revoir nos indicateurs de richesse, faute de quoi le mépris du travail féminin risque de durer.

Et encore faudrait-il que les femmes aient suffisamment de porte-voix dans les syndicats, chez les politiciens ou dans les médias… En attendant, le gouvernement gouverne pour la moitié de la population qui sait le mieux faire parler d’elle.

Isabelle Germain

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Danièle Soubeyrand-Géry - dans Femmes