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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 16:38

Nouvelles News

 

arringatoreAvec davantage de professeurs masculins, l’image de la discipline sera moins dégradée : cette remarque dans le rapport officiel du CAPES de Lettres ne passe pas. Un collectif interpelle le ministère.


 

Quelques mots qui « légitiment l’opinion sexiste qui voudrait que l’enseignement soit moins crédible assuré par des femmes » : un collectif d’enseignant.e.s ne digère pas le rapport officiel du CAPES de Lettres 2016, et le fait savoir dans une pétition : ‘Contre le sexisme du rapport du CAPES’

L’auteur du rapport incriminé, le président du jury et Inspecteur général de l’Éducation nationale Patrick Laudet, s’y félicite que de plus en plus d’hommes s’orientent vers le métier de professeur de Lettres – dont le concours du CAPES est la porte d’entrée : en 2016, les garçons représentaient 23% des admis, contre 17% en 2013.1

« Pour qui est légitimement soucieux de parité, c’est là une tendance vraiment encourageante », juge Patrick Laudet. Mais le message se gâte ensuite peu à peu. Voir de plus en plus de garçons est « un symptôme d’attractivité nouvelle pour le métier de professeur de Lettres. Enseigner les lettres n’est pas une spécificité féminine et nos élèves ont besoin de l’expérimenter au quotidien. Ils y gagneront incontestablement, les garçons entre autres ». Et de conclure : « La présence accrue d’hommes pour enseigner les Lettres contribuera à affiner l’image parfois dégradée qu’ils [les élèves, NDLR] ont de la discipline. »

« Une candidate au CAPES va comprendre qu’elle sera moins prise au sérieux qu’un garçon, c’est grave ! »

En substance, donc, les élèves auraient une mauvaise image des études littéraires parce que les enseignants y sont surtout des enseignantes. Voilà de quoi « répandre le soupçon de non-légitimité qui pèse sans cesse sur les femmes en les accusant d’être à l’origine du manque d’une légitimité d’une profession », dénonce la pétition lancée par le collectif Égalité enseignement. Celui-ci, composé d’une dizaine de professeur.e.s de différents niveaux, qui ont passé des concours d’enseignement, s’est constitué en réaction directe à ce rapport. Il demande à la ministre de l’Éducation nationale d’en effacer cette « remarque misogyne ».

Sophie, l’une des membres du collectif, est professeure de Lettres et donne justement des cours de préparation au CAPES. « J’essaie de donner confiance aux candidates, et en face on tombe sur un discours décourageant. Une jeune fille qui va préparer le concours va sans doute lire ce rapport. Et ce qu’elle va comprendre, c’est qu’elle sera moins prise au sérieux qu’un garçon, c’est grave ! »

Le collectif explique : « Que les métiers où les femmes sont majoritaires soient très souvent moins attractifs (en termes de reconnaissance sociale et matérielle) c’est un fait. Cependant (…) ce rapport confond singulièrement la cause et l’effet. » Car « ce n’est pas la féminisation des effectifs qui déclasse les métiers. On peut penser que c’est au contraire le déclassement social, dû à des raisons concrètes (les conditions matérielles d’exercice : salaires, moyens, nombre d’élèves, affectations) ainsi qu’à des raisons symboliques (manque de reconnaissance par les autorités étatiques) qui provoque, parmi d’autres facteurs, la féminisation des métiers. »

« J’ai l’impression que nos collègues ou nos supérieurs sont dans l’ensemble plus rétrogrades que nos élèves »

« Ce qui nous a choqués », poursuit Sophie, « c’est qu’on trouve cette remarque dans un rapport officiel, alors même que l’Éducation nationale est censée lutter contre les stéréotypes sexistes. C’est malheureusement quelque chose qu’on entend très souvent, mais d’habitude en mode opinion personnelle, bruits de couloirs… »

« Ce qui nous a fait hurler, c’est aussi l’hypocrisie derrière son soutien affiché à la parité. Se féliciter qu’il y ait davantage d’hommes dans un métier féminisé, très bien. Mais il faudrait aussi se soucier du fait que, plus on monte les échelons, moins on voit de femmes. Les nominations d’enseignants en classe prépa, par exemple, sont à la discrétion de l’Inspection générale. Et là, on a vraiment l’impression qu’il y a un favoritisme pour les garçons », témoigne la professeure de Lettres.

Voir aussi : Le “métier de mère de famille” incompatible avec celui de prof de khâgne

Alors, au-delà de la pétition, pourquoi pas un Tumblr sur le sexisme dans l’Éducation nationale, comme ceux créés récemment par des assistantes parlementaires, ou encore des avocates ? « C’est vrai que cela manque », observe Sophie. « Une des personnes du collectif a d’ailleurs parlé avec ses collègues de l’absence d’autrices au bac littéraire. Et l’un d’eux lui a répondu : ‘C’est parce que les femmes s’épanouissent dans la maternité, et pas dans la littérature’ ». Autre exemple : « Dans les colloques de recherche, on entend toujours des remarques sexistes sous prétexte de compliments. Du genre : “Je ne saurais dire si ta communication était bien, tu es tellement jolie qu’on ne fait que te regarder, pas t’écouter” ».

En attendant, le collectif entend prochainement donner davantage d’ampleur médiatique à sa pétition. Et Sophie se réjouit déjà de la richesse des commentaires qui l’accompagnent. Autre motif d’espoir : « J’ai l’impression que nos collègues ou nos supérieurs sont dans l’ensemble plus rétrogrades que nos élèves. Non, nos élèves n’ont pas une vision dégradée des Lettres parce que leurs profs sont des femmes ! ».

 

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Danièle Soubeyrand-Géry