Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 11:10

 

 

Le théâtre des Célestins de Lyon, dirigé par un binôme, Claudia Stavisky et Marc Lesage et qui fait une belle place aux femmes dans sa programmation, accueillait lundi 17 Octobre Les Rencontres de l’Egalité Femmes/hommes dans les Arts et la Culture. L’association HF est née à Lyon en 2008 et a depuis essaimé largement en France. Sa mission : repérer les inégalités entre les femmes et les hommes du secteur culturel, rassembler et diffuser les statistiques et sensibiliser et mobiliser les professionnel.les et responsables politiques du secteur.

Propos institutionnels d’ouverture

400 personnes environ ont écouté et échangé après les interventions d’ouverture, dont celle de Madame la Ministre Laurence Rossignol, Ministre des familles, de l’Enfance et des Droits des femmes  (pourquoi pas la Ministre de la Culture se sont étonné.es certain.es ?) et de Thérèse Rabatel, adjointe au Maire de Lyon en charge de l’Egalité Femmes-Hommes. Thérèse Rabatel  mène depuis 2011 des actions pour plus d’égalité dans des champs variés  voulant imposer un modèle de progrès et de démocratie en instaurant comme dans beaucoup d’autres pays européens des gender-budgeting. Trop de femmes sont exclues de lieux financés par l’argent public. Elle veille aussi à une communication visuelle et à une écriture sans stéréotype de la Mairie, accompagnée pour cela par des universitaires. Le plan d’actions 2016/2019 comprend 90 entrées dans des compétences différentes.

Madame Rossignol a insisté sur l’écart entre la perception de la réussite des femmes dans le domaine de la culture et la réalité comme le montre le dernier rapport du SACD  (société des Auteurs et Compositeurs dramatiques). Si 52% des étudiant.es en spectacle vivant sont des femmes, on a seulement 1% de compositrices, 4% de chefs d’orchestre, 21% d’autrices, 27% de metteuses en scène et 37% de chorégraphes. On retrouve cette situation de discrimination à tous les niveaux, réalisatrices de films et de séries télévisées, direction de théâtres, scénaristes. Conséquences, non seulement le public est privé des créations des femmes, mais on impose à tous des visions masculines du monde et comme  on voit peu les femmes  on en conclut qu’elles ne sont pas créatrices.

Il faut passer de l’incitation qui a prévalu jusqu’à aujourd’hui, à l’obligation de 40% de femmes à tous les niveaux car dix ans après le rapport de Reine Prat sur la place des femmes dans les institutions culturelles, les nouvelles statistiques montrent  que la situation change peu et reste très préoccupante. C’est aussi une exigence d’une société moderne et démocratique.

Deux tables rondes

  1. Déconstruire l’inégalité  

Quatre grands témoins étaient réunis :  Sophie Deschamps, Vice présidente de la SACD, Gaêl Octavia artiste et mathématicienne, Yves Raibaud géographe et Catherine Vidal, neurobiologiste. Catherine Vidal a réaffirmé que le cerveau est plastique et que l’idée que les femmes et les hommes ont des cerveaux différents est fausse. Ceux qui disent le contraire ont 50 ans de retard. Yves  Raibaud a démontré combien l’art urbain est  masculin et qu’il laisse voir l’homme dans la ville par les espaces qui lui sont dédiés comme les skate parcs, les grands stades.  Mais de bonnes pratiques sont possibles comme à Paris et Bordeaux.

Sophie Deschamps a rappelé qu’en 2016 tous les chiffres collectés par Reine Prat montraient que les femmes dans tous les domaines artistiques n’atteignaient pas les 33% dit de la mixité nécessaires pour ne plus être invisibles. Le SCAD propose donc pendant 3 ans d’augmenter de 5% par an le nombre de femmes dans tous les secteurs. Mais il faut que l’état prenne ses responsabilités et fasse de cette progression une obligation. Comme disait Einstein, on ne peut pas priver la science de la moitié du génie en excluant les femmes. De la même manière la nourriture intellectuelle ne peut pas être pensée que par les hommes.

  1. Construire l’égalité 

Des responsables du secteur culturel se sont exprimés sur les moyens d’agir pour une égalité réelle.

Gaêlle Abily, Vice- Présidente de l’égalité F/H en région Bretagne, adjointe à la culture à Brest, membre du HCEfh et de la FNCC, a développé les mesures prises dans sa collectivité : formation de tous les agents des services et des élu.es en charge des domaines culturels, action sur l’angle strictement financier en interrogeant à qui va l’argent public et avancée sur un budget genré. Elle suggère aussi de s’inscrire dans des labellisations nationales comme les villes du matrimoine, Ville patrimoine et histoire avec un volet sur l’apport des femmes à l’histoire. Ces labellisations  peuvent être des leviers efficaces et donner de la légitimité aux actions et à celles et ceux qui les portent.

Alban Richard directeur du CCN de Caen et Carole Thibaut directrice du CCD de Montluçon ont avec conviction montré que le système en place n’est pas qu’un système discriminant pour les femmes, mais c’est aussi un système sclérosant, à l’inverse de ce que doit être la création artistique. La culture étouffe sous l’entre-soi repéré partout. Des quotas sont nécessaires pour des raisons politiques et artistiques. Ils insistent aussi sur un changement managérial nécessaire qui soit une recherche d’ouvertures. Il faut expérimenter  d’autres modes de fonctionnement, s’interroger sur ce que l’on fait sinon « on va dans le mur » comme le dit Carole Thibaut. S’il faut faire, il faut aussi faire savoir.

Frédéric Joly fondatrice et directrice administrative de Arty Farty à Lyon, travaille dans le domaine des musiques actuelles pas aussi masculines, machistes et sexistes qu’on pourrait le croire. Son équipe de 23 personnes compte 13 femmes, porte entre autre Les Nuits sonores qui ont trouvé très vite un large public et donne à voir  des femmes. Elle souligne l’importance dans ce domaine des réseaux européens.

En conclusion, l’idée des quotas comme en politique, semble une nécessité momentanée et les intervenants pensent  que les progrès iront vite. Dans quelques années on  aura oublié les quotas. A voir…

Conférence de Clôture : « La sexuation du monde, contretemps et dérèglement »

Geneviève Fraisse, philosophe, militante et directrice de recherche émérite au CNRS, a choisi une focale d’observation originale, décalée d’autres approches féministes et politiques. Pour elle, l’émancipation des femmes, contrairement à celles des esclaves et des colonisés ne semble toujours pas accomplie. Cette question demeure essentielle pour notre société.

 

Danièle Soubeyrand.

Partager cet article

Repost 0
Danièle Soubeyrand-Géry