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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 20:07

Le collectif Prenons la Une soumet aux rédactions des outils pour utiliser les mots justes afin de ne plus minimiser les violences faites aux femmes.


 

« Aujourd’hui, en Espagne, aucun média n’oserait plus employer le terme ‘crime passionnel’ », assure Pilar Lopez Diez, qui n’est pas étrangère à cette situation. Cette docteure en sciences de l’information a aidé le quotidien espagnol Publico à adopter, en 2008, une charte sur le traitement des violences de genre. D’autres journaux du pays ont, depuis, adopté des recommandations. Au tour de la France ? Jeudi 17 novembre, Pilar Lopez Diez accompagnait le collectif français de femmes journalistes Prenons la Une, qui dévoilait ses « outils à l’usage des journalistes » pour un traitement juste des violences faites aux femmes.

« La cause des violences de genre, c’est la domination et le contrôle exercés par certains hommes sur leurs compagnes »

Chaque année, en France, plus de 200 000 femmes sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur ancien ou actuel partenaire intime. Plus de 80 000 subissent un viol ou une tentative de viol. Il ne s’agit que d’une partie des violences subies par les femmes. Et pourtant, trop souvent dans la presse, ce phénomène de société est réduit à l’état de fait divers. « Les titres, les mots, les images, régulièrement, ne sont pas justes », résume Claire Alet, l’une des fondatrices de Prenons la Une. Exemple criant parmi tant d’autres, ce titre et cette illustration :

violences

 

Humour, relativisation des faits, voire dépréciation de la victime… la façon dont les journalistes parlent des violences de genre peut contribuer « à les banaliser ou à les excuser », comme le rappelle Sophie Gourion créatrice duTumblr « Les mots tuent ». En parlant de « drame conjugal » ou de « crime passionnel », on entre dans le domaine de « l’immunité amoureuse » que dénonçait Natacha Henry dès 2011 dans nos colonnes.

Car « la cause première des violences de genre, c’est la domination et le contrôle exercés par certains hommes sur leurs compagnes », rappelle Pilar Lopez Diez.« Parler de crime passionnel, c’est suggérer que l’amour et la violence sont compatibles. Que l’on peut réduire à l’état d’objet quelqu’un qu’on aime. Les femmes victimes de violences entendent ces mots comme une injure », insiste le magistrat Edouard Durand. Le « crime passionnel » toujours pas mort, déplorions-nous encore il y un an.

Onze recommandations

Parce que les journalistes ont une responsabilité sociétale, le collectif Prenons la Une a donc établi des « outils à l’usage des journalistes » – à télécharger ici. Onze recommandations pour traiter sans sexisme des violences de genre. À commencer par bannir ces trop habituels « crime passionnel » ou « drame familial », pour privilégier « meurtre conjugal » ou « meurtre par le partenaire intime ».

Utiliser les mots justes, toujours, en ne confondant pas « harcèlement sexuel », « agression sexuelle » et « viol ». Et, dans la mesure du possible, contextualiser et rappeler le numéro de téléphone national, anonyme et gratuit, pour l’écoute et l’orientation des femmes victimes de toutes violences, le 3919.

Interpellées par Prenons La Une, plusieurs rédactions se sont déjà engagées à utiliser ces outils. Parmi elles, Les Nouvelles NEWS, en toute logique, mais aussi France Médias Monde, France Inter, France Info, Elle, Causette, Alternatives Economiques, Libération et L’Humanité. Le collectif attend les signatures d’autres médias d’ici au 25 novembre, journée internationale contre les violences faites aux femmes. Il y a peu, le Haut Conseil à l’Egalité recommandait justement d’élaborer des « chartes pédagogiques relatives au traitement médiatique des violences faites aux femmes »

 

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Danièle Soubeyrand-Géry