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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 10:58

Sexe, race,  pratique du pouvoir et l’idée de nature de Colette Guillaumin, 1978 réédité. Ce texte de n’a pas pris beaucoup de rides !

 

Introduction

 

En 1978, Colette Guillemin fait paraître un texte fondateur dans les Questions féministes n°2 qui théorise l'appropriation des femmes à travers l'idéologie naturaliste  et propose une analyse en termes de construction sociale du genre. Elle invente et développe le terme sexage.

Elle s’appuie sur deux faits dominants.  Le premier est un rapport de pouvoir, coup de force permanent qu’est l’appropriation de la classe des femmes par la classe des hommes. L’autre est un effet idéologique, l’idée de nature, cette « nature » supposée rendre compte de ce que seraient les femmes. « L’appropriation  des femmes est explicite dans l’habitude sémantique très banale de mentionner les acteurs sociaux  femmes prioritairement par leur sexe (« femmes », les femmes) ; Toute qualification est omise  ou refusée au sexe féminin…. Ce qui est dit  et uniquement dit à propos des êtres humains femelles, c’est leur position effective dans les rapports de classe : celle d’être en premier et fondamentalement des femmes ». Femmes nous sommes, ce n’est pas un qualificatif parmi d’autres c’est notre définition sociale.

Un élève a été puni, une jeune fille a reçu un blâme (rapport Ecole Polytechnique)/ Un président, un ouvrier, un tourneur et une femme/ Ils ont assassinés des dizaines de milliers d’ouvriers, d’étudiants, de femmes (F.Castro à propos du régime de Battista)

Je me limiterai à la première partie de l’article, l’appropriation des femmes, l’appropriation concrète, la réduction de femmes à l’état d’objet matériel.  Lorsqu’elle est vendue sur le marché du travail,  elle est beaucoup moins payée que les hommes (40 ans après peu de changements !), et le travail domestique des femmes, qu’elles soient salariées ou non est accompli sans salaire. L’appropriation physique dans les rapports de sexe contient l’accaparement de la force de travail. « Nommé  esclavage et servage  dans l’économie foncière, ce type de rapport peut être désigné sous le terme de sexage ».

 

I. L’expression concrète de l’appropriation

Dans les rapports de sexage, appropriation  de l’ensemble du groupe des femmes ou du corps individuel de chaque femme Colette Guillaumin distingue :

L’appropriation du temps : le temps est approprié explicitement dans le contrat de mariage en ce qu’il n’y a aucune mesure de ce temps et aucune limitation à son emploi. « Tout se passe comme si l’épouse appartenait en nue-propriété à l’époux et la classe des femmes en usufruit à chaque homme, et particulièrement à chacun de ceux qui ont acquis l’usage privé de l’une d’entre elles ». Aux femmes, le ménage, la surveillance des enfants, la préparation de la nourriture…..

L’appropriation des produits du corps : dans le mariage le nombre d’enfants n’est pas soumis à contrat, n’est pas fixé avec l’épouse. Le corps individuel matériel des femmes dans ce qu’il fabrique (les enfants, le lait) appartient à un autre qu’elle-même, comme c’était le cas dans l’esclavage de la plantation. Depuis 1976, quelques avancées : l’autorité du père devenue parentale en 2002, les prestations sociales ne sont plus automatiquement versées au père  depuis 2010

L’obligation sexuelle : Comment nommer cette relation ? « Services sexuels »? Devoir comme les devoirs de classe ? Cuissage ? Droit de cuissage ? On a toujours appris qu’à des droits correspondent des devoirs, ce qu’on n’a pas précisé c’est qu’au droit des uns correspond le devoir des autres. Il existe deux formes principales de l’usage sexuel, celui qui intervient par contrat non monétaire, dans le mariage et celui directement monnayé, la prostitution. La vente limite l’usage physique à l’usage sexuel, dans le mariage les usages sont beaucoup plus larges.

La charge physique des membres invalides du groupe ainsi que des membres valides de sexe mâle dans une relation non évaluée, ni temporellement, ni économiquement. Quand ces tâches sont exercées professionnellement, elles le sont essentiellement par les femmes.

 

II l’Appropriation matérielle de l’individualité corporelle

« La vente ou  l’échange de biens et spécialement de l’émanation corporelle qu’est la force de travail constitue la vérification de la propriété de soi-même (je ne peux vendre que ce qui m’appartient). D’ailleurs pendant longtemps le salaire des femmes appartenaient à leurs maris, ils étaient donc possesseurs de l’outil-de-travail-femme.

« L’appropriation des femmes, le fait que c’est leur matérialité en bloc qui est acquise est si profondément admis qu’il n’est pas vu ».

Plusieurs moyens pour s’approprier la classe des femmes :

Le marché du travail : les femmes sont encore trop souvent mises en demeure de trouver un emploi d’épouse, de femme donc de SE vendre et non de vendre leur force de travail pour pouvoir vivre et faire vivre leurs enfants (rémunération inférieure des femmes, idée du salaire complémentaire, plus fort taux de chômage…)

Le confinement dans l’espace : le domicile familial est encore fixé par l’époux et ce confinement est intériorisé, modèle de grille intérieure difficilement surpassable en terme d’efficacité. L’intériorisation s’obtient par dressage positif (reine du foyer, mère irremplaçable…) et négatif (si tu sors mes congénères te traqueront…) Ce fut une des raisons de l’interdiction du travail de nuit des femmes !

La démonstration de force, les coups

La contrainte sexuelle : toute femme non appropriée officiellement par contrat par un seul homme est l’objet d’un concours qui dévoile la nature collective de l’appropriation des femmes et exprime que l’ensemble des hommes dispose de chacune des femmes puisqu’entre eux c’est affaire de négociation ou de lutte pour savoir qui « emportera le morceau». Jusqu’à une période récente, il n’y avait viol que si le propriétaire de la femme, mari ou père, donc des enfants de la femme, risquait de se retrouver avec des « enfants non propres » (code civil).

L’arsenal juridique et le droit coutumier qui parfois s’est imposé. La loi française  du 6 Fructidor an II interdit à tout citoyen sous peine de sanction d’adopter un autre nom que celui qui figure sur son acte de naissance, loi pas appliquée en France où le droit coutumier impose le nom de l’époux. Les femmes sont donc dites exactement pour ce qu’elles sont, appropriées par leurs époux et inexistantes en tant que sujet de la loi.

Conclusion

Constatons que cette analyse aide à lire encore la situation actuelle des femmes en France et ailleurs, elle montre les rouages de la domination des femmes, rouages que nos luttes féministes n’ont pas réussi à enrailler même si la situation s’est améliorée dans quelques domaines, tout au moins pour l’instant. Dans la deuxième partie de l’article, Colette Guillaumin traite de l’idée de « nature », supposée rendre compte de ce que seraient les femmes.

Ce texte, dans son intégralité, est  illustré de nombreux exemples et références historiques. Relisons le.

Danièle Soubeyrand

 

 

 

 

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Danièle Soubeyrand-Géry