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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 10:20

 

« 8 mars toute l’année » : priorité à l’égalité professionnelle

7 mars 2013

En cette semaine de 8 mars, Catherine Coutelle partage le souhait de Najat Vallaud-Belkacem que « le 8 mars, ce soit toute l’année » et pas uniquement une journée célébrée et sans lendemain. Présente ce matin à un colloque de la CFDT, présente également à la Convention Egalité organisée par la Ministre des Droits des femmes en présence du Président de la République en fin d’après-midi, la députée de la Vienne a souhaité, dans ses interventions et initiatives, mettre l’accent sur un sujet crucial : l’égalité professionnelle.

Le Président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, avait ainsi convié mercredi soir, entreprises en pointe de ce combat, partenaires sociaux (Jean-Claude Mailly, Laurent Berger, Ghyslaine Richard, Philippe Louis, Pascale Cotton, Laurence Parisot, Jean-François Roubaud, Jean-Pierre Crouzet, Carole Couvert, Patrick Liebus étaient notamment présents), chercheur-e-s et député-e-s à une soirée de mobilisation intitulée « Agir pour l’égalité professionnelle ». Prenant la parole devant cette assemblée à l’instar de Françoise Héritier, éminente anthropologue, et de Dominique Baudis, Défenseur des droits, Catherine Coutelle a encouragé chacune et chacun à être le fer de lance de ce combat car « ce n’est que par une mobilisation forte et constante en nous appuyant sur toutes les forces de la société que nous ferons avancer l’égalité ! »

lassay643

 

L’intervention de Catherine Coutelle :

(Seul le prononcé fait foi)

Tout d’abord, je voudrais remercier Claude Bartolone d’avoir organisé cet évènement, à l’occasion du 8 mars, le deuxième en quelques mois sur le sujet des droits des femmes. Je tiens à saluer la constance de son engagement pour l’égalité.
Le 8 mars est la journée des droits des femmes, c’est une journée de réflexion, d’action. Mais une journée ne suffit pas.
Le 8 mars doit servir à prendre conscience des inégalités entre femmes et hommes, et permettre une mobilisation de tous et toutes pour construire l’égalité.

Je remercie de nouveau Claude Bartolone d’avoir choisi ce thème de l’égalité professionnelle pour vous réunir autour de cet enjeu qui nous rassemble.
L’égalité professionnelle est au cœur de la bataille que nous devons mener pour construire l’égalité entre les femmes et les hommes.

L’une des premières violences faites aux femmes est leur dépendance économique.

Les femmes ont toujours travaillé, même si ce travail n’a pas toujours été reconnu, valorisé et rémunéré.

Faire évoluer cette situation suppose de faire cesser les discriminations auxquelles elles font face. Aujourd’hui, c’est souvent un parcours d’obstacle soit de créer son entreprise, soit de se faire embaucher.

Et je veux attirer l’attention des DRH sur les discriminations à l’embauche, les questions déplacées, posées sur la vie familiale, et qui n’ont aucun rapport avec leur travail.

L’égalité professionnelle, c’est un gage d’indépendance, notamment financière, nécessaire à l’émancipation globale des femmes.

L’égalité professionnelle, c’est aussi une exigence de justice. Il n’est pas normal que les femmes européennes devraient aujourd’hui travailler l’équivalent de 59 jours de plus que les hommes pour obtenir un salaire équivalent. Il faut appliquer les lois, y compris par des sanctions. Ces discriminations ne sont pas acceptables.
L’égalité professionnelle doit se faire aussi dans l’accès aux responsabilités. On retrouve des mécanismes de domination dans tous les domaines de la société.

Le pouvoir est encore largement sexué, voire quasi exclusivement masculin. L’exemplarité de certains parcours dans les sphères économiques ou politiques, si elle est encourageante, est aussi ambivalente. Elle ne peut masquer les progrès qu’il reste à faire pour l’égalité réelle.

Il y a 20% de femmes dans les conseils d’administration du CAC 40, c’est un progrès, certes. Mais il n’y a que 2% de femmes PDG.

Dans la langue française, on ne trouve pas instinctivement le féminin d’ « entrepreneur ». Dans le dictionnaire on trouve « entrepreneuse », « entreprenante »… Des termes qui n’évoquent pas particulièrement des femmes à la tête d’entreprise.

En politique cette faible présence des femmes aux responsabilités se retrouve. Un gouvernement paritaire, que l’on doit saluer, ne compense pas le fait que 73% des députés sont des hommes. L’expérience de ces dernières années nous prouve que lorsque la parité est incitative, elle n’est pas réalisée. Il faut passer à des mesures incitatives, à des mesures plus contraignantes.

C’est valable également pour les postes à responsabilité dans le monde du travail. Pour que les femmes puissent être davantage présentes dans les directions des entreprises, les conseils d’administrations, aux postes de cadres.

Une autre facette des inégalités professionnelles est la dévalorisation des emplois occupés majoritairement par des femmes.

Les métiers majoritairement occupés par les femmes sont moins considérés, moins reconnus, moins rémunérés. Au contraire, lorsque des hommes commencent à investir un métier, on constate que les salaires augmentent.
Les bas salaires, sont particulièrement présents dans les secteurs tels que les services à la personne, la grande distribution, les centres d’appels.
Plus de 80% des emplois à temps partiel sont occupées par des femmes.
Cela implique des salaires partiels, des progressions de carrières partielles, des retraites partielles.

Parfois ce ne sont même pas des emplois, mais quelques heures, de-ci, de-là qui morcellent les emplois du temps : des journées en miettes.

C’est ainsi qu’en France on a multiplié les travailleuses pauvres. C’est une vraie violence économique.

Nous sommes face à un triple enjeu.

1. Il faut lutter contre la précarité qui a explosé depuis les années 90 et particulièrement pour les femmes.
Je veux saluer le travail du Défenseur des droits que va nous présenter M. Baudis et le Guide pour une évaluation non discriminante des emplois à prédominance féminine.

2. Il faut lutter contre les discriminations au sein des entreprises : contre le plafond de verre qui gêne encore la progression de carrière des femmes, contre les inégalités de rémunérations (de salaires et de primes).
Il faut que ce traitement discriminant cesse.
Le nouveau décret, publié le 18 décembre 2012 comporte des points très positifs :

- la rémunération devient obligatoirement intégrée dans les domaines d’action retenus par l’accord collectif ou, à défaut, le plan d’action ;
- les entreprises devront déposer leurs accords ou plans d’action auprès des DIRECCTE, ce qui permettra de mettre en œuvre le contrôle sur pièce.

Mais je regrette que l’application de la sanction ne soit toujours pas automatique. Il faudrait aussi mettre en place un mécanisme d’évaluation des plans d’action ou des accords qui tiennent compte des évolutions obtenues d’une année sur l’autre.

3. Enfin, il faut développer les politiques de promotions des droits des femmes, qui jouent sur l’égalité professionnelle.
Prioritairement l’orientation. Il n’est pas normal que les femmes soient cantonnées à 12 catégories professionnelles.
Sensibiliser les personnels de l’éducation et les élèves, est incontournable pour que l’orientation des filles et des garçons ne se fasse plus en fonction de stéréotypes sexistes qui limitent leurs perspectives d’avenir.
La déconstruction des clichés des métiers dits féminins ou masculins favorisera la mixité dans l’emploi et l’égalité professionnelle.
Autre exemple de préjugés qui doivent changer : les femmes restent perçues, même si elles n’ont pas d’enfants, comme potentiellement moins disponibles,
moins attachées aux objectifs de l’entreprise.

Ce n’est pas aux femmes seules d’avoir la responsabilité de la vie familiale.
Il faut aujourd’hui permettre à tous et toutes, de mieux articuler les temps de vie personnelle et professionnelle.

C’est aussi un enjeu de compétitivité pour les entreprises. Des salariés moins stressés sont des salariés plus performants.

Il faut encourager l’implication des pères dans la sphère domestique, en organisant un meilleur partage du congé parental.

Un meilleur accueil de la petite enfance, est aussi un élément essentiel pour que les femmes ne soient pas contraintes à arrêter ou à limiter leur activité professionnelle.

L’Etat doit mener de manière transversale ces batailles. Face à ces enjeux, face à ces inégalités, c’est une évidence, de nouvelles avancées restent à construire.

Malgré de nombreuses lois relatives à l’égalité professionnelle, les inégalités de salaires, de carrières, et de retraites, restent criantes.

Il faudra, j’en suis convaincue, des progrès législatifs pour lutter contre les discriminations, et la précarisation qui frappent durement les femmes.

Et ces lois, pour être enfin efficaces, devront être suffisamment contraignantes et leur application contrôlée.
Au sein de la Délégation aux droits des femmes que je préside, j’ai choisi de faire de l’égalité professionnelle, un sujet prioritaire.

La Délégation s’est d’ores et déjà saisie :

- du décret de décembre 2012 relatif à la mise en œuvre des obligations des entreprises en matière d’égalité professionnelle,
- du texte relatif à la sécurisation des parcours professionnels,
- et elle pourrait enrichir le projet de loi relatif aux droits des femmes en cours d’élaboration. Ce texte va comporter 3 volets : violences faites aux femmes, parité et égalité professionnelle.

Le gouvernement a repris la méthode de la négociation des partenaires sociaux, depuis juillet 2012.

Je constate, d’après des sources fiables, que cette négociation sur l’égalité professionnelle n’avance pas et semble butter sur l’ordre du jour, sur les sujets à discuter.

Ces informations me laissent interrogatives. Est-ce que les partenaires sociaux seraient moins imaginatifs, intéressés, volontaristes lorsqu’il s’agit de faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes ?

Puis-je suggérer quelques thèmes ?

Quand va-t-on finir par résorber les 27% d’inégalité salariale ?
Comment faire en sorte que les primes ne soient pas distribuées de manière différenciée ?
Comment donner plus accès aux postes à responsabilité aux femmes?
Comment mettre un terme à la multiplication des CDD et des temps partiels ?
Comment mettre fin à la double journée de travail des femmes ?
Pourquoi les congés maternité et parental font aujourd’hui l’objet de discrimination ?

Je sais que vous êtes nombreuses et nombreux ce soir à avoir pris des engagements au niveau des entreprises. Ces engagements doivent maintenant se retrouver dans les négociations.

L’égalité doit nous mobiliser toutes et tous, ce soir et pour le 8 mars. Mais pour nous le 8 mars, ce sera toute l’année.

Ce n’est que par une mobilisation forte et constante, en nous appuyant sur toutes les forces de la société, que nous ferons avancer l’égalité.

Soyez-en convaincus, la Délégation jouera pleinement son rôle pour gagner cette bataille de l’égalit

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Danièle Soubeyrand-Géry - dans Mes engagements
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