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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 10:44
Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, le 24 août 2014 à Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire). (NICOLAS MESSYASZ/SIPA)
Sophie BrunnFrance Télévisions
Arnaud Montebourg et Benoît Hamon ont souvent fait cause commune : au PS au début des années 2000, où ils ont milité dans le même courant. Ou encore dans le gouvernement de Manuel Valls, dont ils ont été remerciés en même temps. Aujourd'hui, ils sont tous deux des prétendants de la primaire de la gauche. Montebourg revendique une candidature "sociale républicaine", "au cœur des gauches", quand Hamon se situe à la gauche du PS. Qu'est-ce qui les différencie aujourd'hui dans leurs programmes ? Franceinfo s'est penché sur leurs propositions : ce qui les rapproche et ce qui les différencie.

Sur le monde du travail

Ce que dit Benoît Hamon : "Je mettrai en place un revenu universel d’existence pour éradiquer la grande précarité et contribuer à définir un nouveau rapport au travail et au temps libre pour les Français-e-s."

Ce que pense Arnaud Montebourg :"Nous prônons plutôt finalement la société du travail. Il faut que chacun puisse avoir un revenu, mais sur la base d'efforts, et pas sur la base du simple fait de respirer", dit son directeur de campagne François Kalfon.

Ils ne sont pas tout à fait d'accord. A travers le débat sur le revenu universel perce une différence d'approche sur les questions liées au travail. Si l'on caricature à l'extrême, c'est "Montebourg le productiviste" contre "Hamon le décroissant". "Notre conviction, c'est que le progrès technologique permettra de produire plus de richesse avec moins d'heures de travail. Se pose donc la question de la répartition de cette richesse", explique Mathieu Hanotin, son directeur de campagne. Hamon veut encourager la diminution du temps de travail ou mettre en place un revenu universel d'existence.

A l'inverse, dans le camp d'Arnaud Montebourg, on estime que le revenu universel n'est pas la solution. Pour Christian Paul, député "frondeur" et soutien de l'ancien ministre du Redressement productif, "d'une certaine façon, le revenu universel c'est l'acceptation d'un chômage de masse. Il coûte très cher, sans garantir des créations d'emplois. Mieux vaut utiliser cet argent pour de la formation, ou des dispositifs" comme "Zéro chômeur de longue durée". Entre les deux candidats, "il y a donc une approche différente de la politique économique mais aussi du modèle de développement", poursuit Christian Paul.

Sur la VIe République

Ce que dit Arnaud Montebourg : "Je propose de faire adopter par référendum, dès l’été 2017, une réforme politique d’envergure qui établira une République nouvelle. Elle procédera d’un double mouvement : d’une part l’augmentation de la responsabilité des dirigeants politiques, d’autre part, l’entrée des citoyens dans le système politique."

Ce que dit Benoît Hamon : "J’établirai un mandat présidentiel non-renouvelable de sept ans avec un rôle nouveau : le président sera responsable de l’équilibre entre les pouvoirs, du respect des libertés (saisine du Conseil constitutionnel) et des intérêts de long-terme de la nation (environnement, santé, paix et stabilité internationale)."

Ils sont d'accord. "C'est lui le dépositaire, ils ont tous copié ses idées", assure-t-on chez Arnaud Montebourg. En 2001 déjà, c'est lui qui avait lancé la convention pour la VIe république. Un ensemble de propositions repris à l'époque par le NPS, le Nouveau Parti socialiste, lancé par Montebourg, Peillon et Hamon. Aujourd'hui, "il s'agit de remettre le citoyen au cœur du processus démocratique", dit-on dans l'entourage de Benoît Hamon. Montebourg et Hamon proposent tous les deux d'introduire de la proportionnelle à l'Assemblée, de réformer le Sénat en profondeur, notamment en y faisant siéger des citoyens tirés au sort, ou de limiter l'article 49.3 aux textes budgétaires.

Sur l'Europe

Ce que dit Montebourg : "Il va falloir aller casser un peu de vaisselle à Bruxelles. Ca suffit l'austérité!"

Ce que dit Hamon: "Je forgerai une alliance des gauches européennes pour imposer un moratoire sur le pacte de stabilité. L’austérité est inefficace et contribue à augmenter la dette."

Ils sont plutôt d'accord. Pour "sauver" l'Europe, ils affichent une différence de méthode : Montebourg prétend réformer l'Europe "au forceps", quand Hamon veut trouver des alliés pour se faire entendre. "On n'obtiendra rien en tapant du poing sur la table ou en agitant le chiffon rouge", explique-t-on chez Hamon. Mais les deux candidats partagent le même objectif : en finir avec l'"Europe de l'austérité", symbolisée par le "dogme" des 3% de déficit.

Tous deux partisans de la relance, ils se distinguent sur les moyens d'y parvenir : Hamon veut un Smic européen, Montebourg un plan d'augmentation des salaires. Ils plaident pour une harmonisation fiscale et la remise en cause de la directive sur les travailleurs détachés, et souhaitent aussi que l'Europe protège mieux ses marchés et ses entreprises, notamment grâce au protectionnisme. "Ils restent européens tous les deux, aucun n'est souverainiste", dit Christian Paul. A l'opposé de Jean-Luc Mélenchon, qui souhaite, lui, une sortie des traités européens.

Sur la laïcité

Ce que dit Arnaud Montebourg : "La laïcité doit écarter de la décision publique toute transcendance. Elle doit permettre de se garder de la tyrannie, celle de la minorité (c'est le communautarisme) comme celle de la majorité (c'est l'identitarisme)."

Ce que dit Benoit Hamon : "La laïcité est un principe qui irrigue la République, dans le respect de tous, pas un outil contre une religion ou l'absence de religion."

Ils n'ont pas la même vision. Dans l'éventail des positions qui traversent la gauche sur ces questions, Benoît Hamon assume d'être à l'opposé de Manuel Valls, chef de file des "ultra-laïcs". Et Montebourg affirme être à un point d'équilibre entre les deux. Ainsi, Montebourg ne souhaite pas légiférer pour interdire le voile à l'université (alors que Valls y est favorable) ou régir la place du voile dans l'entreprise. Dans son équipe, on insiste sur le fait que "la mixité n'est pas négociable dans l'espace public". Allusion aux propos controversés de Benoît Hamon, interrogé sur un reportage montrant des quartiers populaires dans lesquels les femmes ne sont pas les bienvenues. "Remettons des questions sociales avant de mettre des questions religieuses sur ces sujets-là", a notamment réagi l'ancien ministre de l'Education.

Sur le cannabis

Ce que dit Benoît Hamon : "Je légaliserai le cannabis et j’encadrerai sa distribution. Il faut tuer les trafics à la source et protéger nos citoyens des pratiques des dealers. J’utiliserai les 568 millions d’euros annuels utilisés pour la répression à des fins de prévention et d’information sur les risques associés à cette consommation."

Ce que dit Arnaud Montebourg : "Je considère qu'en terme de santé publique, nous ne pouvons pas nous permettre une dépénalisation. Nous avons investi tant d'énergie de la puissance publique pour dissuader les Français de consommer de l'alcool et de fumer, qu'envoyer un message sur un nouvelle addiction plus grave en terme de santé publique serait pour moi une erreur pour le pays."

Ils ne sont pas du tout d'accord. Dans l'entourage d'Arnaud Montebourg, on estime que la dépénalisation ne limiterait en rien l'économie souterraine générée par le trafic de cannabis mais aussi d'autres drogues.

Malgré leurs différences, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon sont tout à fait susceptibles de se rapprocher au second tour de la primaire si l'un d'eux est qualifié. Surtout s'il s'agit de s'opposer à Manuel Valls, dont ils combattent tous deux le positionnement. "Assez naturellement, je ne voterai pas Valls au second tour", dit ainsi un très proche de Benoît Hamon.

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Danièle Soubeyrand-Géry